U comme… Un crime sordide boulevard Saint Germain

Jules NOCUS est né le 15 octobre 1820 à Couzances-les-Forges, petite commune de la Meuse de moins de 1000 habitants à cette époque ; son père, Jean Gabriel, haut-marnais d’Heurville, y est taillandier & maréchal-ferrant, issu d’une famille d’hommes de la terre.

Jules s’installe en région parisienne puis à Paris où il épouse en 1847, dans le neuvième arrondissement, Caroline DEWALD, paroisse de la Rédemption. Il exerce sa vie professionnelle dans les métiers de l’hôtellerie, tantôt valet de chambre et tantôt maître d’hôtel. En dernier lieu, il avait été employé comme cuisinier au cercle de la librairie boulevard Saint-Germain ; il ne faisait que les extra et ne travaillait pas plus de deux ou trois jours par semaine ; il avait une rente annuelle de 6000,00 francs (plus de 23000,00 euros) qui lui permettait de vivre sans rien faire.

Jules louait une petite chambre au troisième étage du 210 boulevard Saint-Germain dans le septième arrondissement ; la chambre était meublée très simplement (un lit, une commode, une table et deux chaises) ; on dira plus tard qu’il devait posséder ailleurs un logement plus confortable et que cette chambre lui servait seulement de lieu de rendez-vous.

Le 31 août 1881, vers 16h, Monsieur GILLES, commissaire de police du quartier de Saint-Thomas d’Aquin, fut informé par le concierge qu’une odeur cadavérique très prononcée s’échappait de la chambre du troisième étage, occupée par un Monsieur Jules NOCUS, âgé de soixante ans environ, lequel n’avait pas été vu depuis trois semaines ; en outre, dans la journée, on avait remarqué sur le sol du palier, une certaine quantité de vers paraissant provenir de ladite chambre. Le magistrat se transporta sur les lieux et fit procéder à l’ouverture de la porte. Le corps de Jules était étendu derrière la porte et dans un état complet de décomposition ; on dut, avant les constatations, procéder à la désinfection du local.

Le cadavre porte une section profonde à la partie antérieure du cou, une fracture considérable du crâne produite par un marteau retrouvé dans la boîte osseuse et trois blessures pénétrantes produites par une fourchette laissée dans l’une d’elles ; aucun désordre n’existe dans la chambre, ce qui laisse croire qu’il n’y a pas eu de lutte ; Jules a, du reste, été frappé par derrière d’un coup de marteau à la partie postérieure de la tête, qui a dû l’étourdir immédiatement. Ensuite, il a été bâillonné et couché sur le dos, position dans laquelle on l’a trouvé. Les assassins se sont ensuite acharnés sur lui, lui ont coupé la gorge (la tête a été presque complètement séparée du tronc avec un rasoir) et l’ont percé, par un raffinement de cruauté, de plusieurs coups de fourchette dans la région du cœur ; ces dernières blessures étaient d’ailleurs inutiles, car Jules devait être mort au moment où il les a reçues.

Jules NOCUS est vêtu de son gilet, a son faux col, sa cravate et son lorgnon et il est chaussé ; mais il n’avait pas son pantalon, qui était déposé sur une chaise.

Deux hypothèses sont alors avancées pour la recherche de l’auteur du crime :

  • Jules a un fils dont l’adresse est inconnue et dont plusieurs lettres trouvées chez le défunt font naître des soupçons.
  • La façon étrange dont le sieur NOCUS est vêtue peut faire supposer que la victime, sujette à certaines habitudes (dites anti-physiques dans la presse de l’époque), a introduit chez lui un ou plusieurs rôdeurs ce qui semble facile, chaque locataire étant pourvu d’un passe-partout.

Le jour même, Monsieur GILLES fait rechercher et, le 2 septembre, consigne Adolphe NOCUS, âgé de 27 ans, se disant employé de commerce et fils de la victime, demeurant dans le dix-huitième arrondissement, rue Caplat, au numéro 5, sous l’inculpation de suspicion d’assassinat sur la personne de son père. Il faut dire aussi que la victime possédait la fortune pour l’époque de 100 000,00 francs (plus de 380 000,00 euros) ; cette somme revient directement à Adolphe, seul héritier.

 Le 4 septembre, le corps de Jules NOCUS est inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine où sa tombe existe peut-être encore.

Adolphe NOCUS, finalement interpellé pour d’autres motifs également (abus de confiance), put établir un alibi et fut relaxé quelques jours plus tard. La mort de son père lui permit de rembourser les créanciers de ses réels méfaits. Il se disait employé de commerce mais en réalité, on ne lui connaissait pas d’occupation sérieuse ; sans asile, au mois de juillet 1881 il avait trouvé un abri momentané chez une couturière de la rue Caplat au numéro 5. Cette femme avait donné l’hospitalité, non seulement à Adolphe mais encore à la maîtresse de ce dernier. Auparavant, il n’exerçait aucune profession et menait une vie vagabonde et misérable, ne sachant le matin comment il mangerait dans la journée, le soir comment il dormirait. 100 000,00 francs, c’est en effet une fortune pour un garçon accoutumé à vivre des expédients de la bohème.

Il fut avéré plus tard que Jules NOCUS, maître d’hôtel de son état, avait une conduite déplorable ; presque quotidiennement, il emmenait dans son logis de mauvais garnements sur lesquels il se livrait aux attouchements les plus honteux.

Les soupçons s’étaient donc portés sur plusieurs individus de basse vie, avec qui il entretenait des relations inavouables. On parle dans la presse notamment de Louis PERETTE, se faisant passer pour Paul BICHONNET et arrêté près d’un an après les faits sur la place du Châtelet. C’est un solide gaillard âgé de dix-huit ans mais en paraissant vingt-cinq au moins, fortement impliqué déjà dans l’enquête sur deux autres crimes, celui du sieur FLET, rue Geoffroy-l’Asnier et de la veuve MEUNIER, la marchande de frites de la rue de Rambuteau. Il avait une réputation détestable ; il est avéré qu’il fréquentait des individus aux inavouables habitudes.

Le journal La Lanterne fait état dans son édition du 18 août 1882 d’un dernier rebondissement à cette date : une lettre anonyme fut adressée à Monsieur MACE, chef de la sûreté, lui donnant les noms des véritables assassins ; a priori, les personnes dénoncées sont celles qui, le lendemain même du crime du boulevard Saint-Germain, adressèrent à plusieurs journaux une lettre rectifiant certains détails de l’assassinat.

Gageons qu’en son temps, je reviendrai sur cette histoire afin de tenter d’en connaître le dénouement, même si, malgré le dernier rebondissement, celui-ci semble vraisemblablement orienté vers le classement de l’affaire, comme le précise finalement le journal Le Gaulois du 19 août 1882.

Jean-Michel NOCUS
Généalogiste familial
Etude Généalogique NOCUS
www.egnocus.fr

Sources :
Extrait du journal Le Figaro du 02/09/1881
Extrait du journal La Presse du 03/09/1881
Extrait du journal Le XIXe siècle des 01, 02 & 04/09/1881 & du 28/08/1882
Extrait du journal La Lanterne des 23/09/1881 & 18/08/1882
Extrait du journal Le Gaulois du 19/08/1882

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