R comme… Registres d’individualité

Si vous souhaitez remonter dans le temps à la recherche de votre filiation et l’origine de votre nom, se tourner vers les membres de sa famille pendant qu’il en est encore temps est le premier conseil que je pourrais vous donner. Ces témoignages d’un autre temps, souvent exceptionnels, vous permettront de réaliser une ébauche de votre arbre généalogique.

Etant donné la proportion très importante de la population martiniquaise issue directement des anciens esclaves (60%), vous serez rapidement confronté à une source méconnue de certains de mes confrères métropolitains et des amateurs : les registres d’individualité.

Que sont les registres d’individualité

Les registres d’individualité sont une exception de l’état civil français.

Nous sommes en 1848.

A la suite de l’abolition de l’esclavage dans les colonies, les directives de Schœlcher s’organisent pour faciliter l’enregistrement des nouveaux citoyens sur des registres spécialement ouverts à leur intention.

Ces registres, distincts de ceux de l’état civil tels que vous le connaissez, vont servir à pourvoir les personnes anciennement esclaves d’une citoyenneté, c’est-à-dire d’une existence civile et juridique, matérialisée par l’attribution d’un patronyme.

Combien de personnes sont concernées ?

A la Martinique, on dénombre environ 73.000 esclaves à qui il faut donner un patronyme.

Un nom de famille qui fait cruellement défaut aux esclaves qui n’en étaient pas légalement dotés.

A Rivière-Pilote, les personnes concernées par cet enregistrement massif représentaient plus de la moitié des 4.200 habitants de l’époque. Plus de 90% d’entre eux habitent la campagne.

Pour inscrire ces nouveaux libres natifs ou pas de la commune, Schœlcher prévoit la création de 3 registres.

Deux ont été retrouvés et déposés aux Archives Départementales de la Martinique où ils ont été numérisés.

            – Registre A qui contient les actes transcrits du 5 octobre 1848 au 3 février 1849 (portant les actes numérotés 1 à 795)

            – Registre C qui contient les actes transcrits du 24 janvier 1849 au 11 mai 1849 (portant les actes numérotés 1 à 860)

Le Registre B, nouvellement découvert, vient compléter cette collection unique. Il contient les actes transcrits du 16 octobre 1848 au 12 janvier 1849.

Les deux premiers registres totalisaient 1655 personnes et attribuaient quelques 750 noms de familles.

Avec ce registre lacunaire qui manquait à bon nombre de chercheurs passionnés, le fameux registre B, ce sont 807 actes insolites et 360 noms de famille supplémentaires.

Soit un total de 2462 actes d’individualité enregistrés par les officiers de l’état civil de Rivière-Pilote qui, sauf à décompter les décès survenus entre l’abolition de l’esclavage et l’enregistrement des nouveaux libres, nous donne le chiffre certainement authentique des anciens esclaves encore qualifiés comme tels après le 22 mai 1848.

Le choix du nom

Nous avons comptabilisé 1040 patronymes qui définitivement ont pu être transmis de génération en génération aux gens de Rivière-Pilote.

Le choix de ces noms de famille reste quelques fois énigmatique. Certains de ces patronymes ne sont d’ailleurs plus portés aujourd’hui. Pour ceux dont nous avons pu établir des filiations, plusieurs catégories de noms de famille émergent des attributions recensées :

Nous avons d’abord, des noms « français », inventés ou correspondants à une réalité du nouveau citoyen (GARROT, HOCHE, MARTIN, MANGIN)

Nous avons des anagrammes du nom du maître (ils sont peu nombreux JUSTAN pour Just JUSTIN, MAUGEE pour Marc AUGEE), mais aussi des noms d’origine étrangère (italien – PIETRO, flamand, RISKWAIT, Scandinave SOUTARSON, Allemand WERNER, Polonais, FLORESKA, africaine – DIA, ESSOKO, ZAMBI, ) et toute une série de surnoms liés à l’apparence physique (JUNIOR, BRUN, MACAQUE), à la particularité de caractère PARESSE, FIDELE, VIGILANT) au lieu de provenance (ALGER, FRANCE, ROME et même SAINT-PIERRE) au nom du métier (BARBIER, BOULANGER, VEILLEUR), ou encore, un nom de famille attribué par rapport au prénom de baptême de l’intéressé (AGAT pour Agathe, MENTIN pour Clémentine, BERNAL pour LAMBERT). Bien-sûr, nous n’oublions pas les noms « n’importe quoi », péjoratifs et autres jeux de mots (ASPERGE, DINETTE, EGARéE, MACOMMERE, THEROSE, CURIEUX).

Qui a rédigé les actes ?

Au moment de la transcription des actes en 1848-1849, le maire Marc Antoine GROS-DESORMEAUX, nommé le 15/11/1848 est assisté de 2 adjoints : Césaire RENE-CORAIL et Alexandre de SAMBUCY.

Si quelques actes d’individualité sont signés par le maire, il n’est pas certain que ce dernier rédigeait aussi les actes. Nous avons d’ailleurs observé qu’il n’y avait pas de changement d’écriture entre deux actes alors que le signataire était différent.

Remonter dans le temps

La tentation est séduisante de trouver l’origine en Afrique de son ancêtre déporté. J’en ai pour ma part plusieurs fois rêvé. Quand on sait qu’en 1848, à la Martinique, environ 10% des esclaves venait directement d’Afrique, la curiosité d’en savoir plus est d’autant plus excitée.

Jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas possible de retrouver l’ascendance africaine appuyée sur des documents authentiques d’une famille d’esclaves. Les plus chanceux trouverons l’ethnie (mine, arada, ibo…) à laquelle appartenait son ancêtre. Mais, croyez-en mon expérience, la plupart d’entre nous devrons se contenter de la mention « né en Afrique de parents inconnus »

Il faut savoir que la première trace qu’on retrouvera d’un ancêtre esclave est celle de son passage de la servitude à la liberté. Cette servitude est, dans les documents écrits conservés, soit enregistrés par un acte d’affranchissement, avant 1848, soit par un acte d’individualité (ou d’émancipation) de 1848.

Conclusion

Le poids tragique de l’esclavage continue à se faire sentir de nos jours en privant de leurs racines ceux dont elles plongent pour tout ou partie en Afrique.

Les africains dit-on, n’ont pas de registres anciens, peut-être, mais ils savent à quels peuples ils appartiennent et connaissent leur histoire et pour certains leurs lignées sur dix ou quinze générations.

A Rivière-Pilote, vous avez la chance d’avoir ces registres conservés. Vous aurez maintenant bientôt la possibilité d’avoir facilement accès à l’ensemble de la collection. Alors n’hésitez pas. Partez à la recherche de l’origine de votre identité patronymique, ce nom que vous portez, choisi ou attribué, reste un héritage unique.

Enry LONY
Etude Généalogique Enry LONY
http://www.enrylony.com

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