D… comme Débrouillardise

Lors de mes recherches sur le terrain, j’ai rencontré des situations particulières voire cocasses. En Italie les registres anciens ne sont pas centralisés aux archives départementales comme en France, ou très rarement. Il faut très tôt se rendre sur le terrain et visiter les mairies, les paroisses…

Voici, pour exemple, l’extrait d’un de mes rapports, sur l’emploi du temps. Heureusement ce cas reste exceptionnel !

Planning du déplacement :

Pour les mairies de Castel et de Trenzano, il a fallu que je me déplace une première fois pour faire la demande d’acte, puis une seconde fois pour retirer les photocopies.

Vendredi : diocèse de Bologna
Samedi : archives d’état de Bologna
Lundi, mardi et mercredi : archives départementales et diocèse de Pistoia (ouverture par demi-journée)
Jeudi :  mairie de Castel di Casio, rencontre avec Ubaldo Talli et Giulio Bonaiuti
Vendredi : paroisse de Porretta, mairie de Porretta, rencontre avec Giulio Bonaiuti.
Samedi : mairie de Castel di Casio, paroisse de Suviana, rencontre avec Giulio Bonaiuti.
Dimanche : paroisse de Capugnano
Lundi et mardi : archives d’état et diocèse de Brescia
Mercredi : paroisse et mairie de Trenzano, rencontre avec Giovanni Barbero.
Jeudi : paroisse de Pompiano, mairies de Corzano et Trenzano, archives d’état de Brescia.

Diverses situations sont restées en mémoire et m’ont appris que rien n’est jamais perdu et qu’il faut tenter sa chance en frappant à toutes les portes et même à plusieurs reprises…

Les archives en Italie sont considérées très importantes et à juste titre. Il convient de les respecter, de protéger la vie privée des individus, même plus de deux siècles après leur existence… C’est une raison abusive à mon avis de repousser les généalogistes, car à quoi sert une archive si on ne peut jamais la consulter… Cependant, cela n’empêche pas certaines mairies de détruire des tonnes d’archives par manque de place pour le stockage… Avant cette issue tragique, il y a la solution intermédiaire du grenier. Il m’est arrivé en plein hiver de rester la matinée entière dans un grenier sans isolation. On voyait le jour entre les tuiles, sans aucune fenêtre, éclairé par une ampoule faible, au milieu du courant d’air. Des conditions difficiles de consultation les doigts frigorifiés, mais je pense surtout à ce que deviendront tous ces registres dans quelques temps…

Dans une autre mairie, alors que l’accès est interdit aux personnes étrangères au service, l’employée débarrasse un bureau pour permettre ma consultation. Je commence mon travail, et surprend la discussion des employés concernant un mariage qui va se dérouler ce jour. Au bout d’un moment, je vois arriver dans le bureau un homme d’une soixantaine d’années et une très jeune femme noire accompagnée de son père. Et j’assiste en direct, à ce mariage étrange, visiblement une union plus diplomatique, financière ou sociale que d’amour. Et cela en comité restreint, devant quelques autres employés de mairie pour seuls témoins…

Il y a aussi eu ce curé très réticent à me recevoir lorsque je prends contact par téléphone. Et puis finalement, une fois devant sa porte et après insistance, il accepte de m’ouvrir ses archives… Il m’accompagne dans une salle qui sert de débarras. Effectivement, s’amoncellent tables, chaises, machine à coudre, cartons et autres mobiliers qui empêchent d’accéder à l’armoire du fond. On se fraye un chemin, il entrouvre l’armoire, tend la main en aveugle et sort de l’armoire un registre… Il s’agit d’un registre de baptêmes. Jusque-là il disait n’avoir aucune archive, mais à ce moment-là il ne pouvait plus ni mentir ni l’ignorer. Je n’ai jamais su s’il était dans l’un ou l’autre de ces cas. Toujours est-il qu’il me laissa ensuite faire les recherches tout seul….

Un autre curé, tout aussi suspicieux que le précédent, qui accepte ma venue en cachant difficilement son inquiétude… Après m’avoir demandé ma carte d’identité et l’avoir déposé sur son bureau, il m’accompagne au grenier. Sur le chemin, je comprends qu’il soit méfiant… Dans les couloirs, même dans les escaliers, se sont accumulés des centaines d’objets de culte tous aussi riches les uns que les autres. Il y a là marbres, ivoires, bijoux et autres objets en or, en argent dans des vitrines fermées à clef heureusement, mais tout de même, sans grande protection… Arrivés dans la pièce où se trouve l’archive, il y a encore des tableaux et toujours ces objets précieux. Il m’indique où se trouvent les registres, s’assure que j’ai son numéro de téléphone avant de m’enfermer dans cette pièce. La consultation finie, je dois le rappeler pour qu’il me fasse sortir… Ci-dessous l’extrait de mon rapport au client :

PRESENTATION DU DOSSIER

« Dans un premier temps, mes demandes par courrier en début d’année sont restées vaines. C’est seulement par téléphone que le curé de l’église de Corte, a bien voulu m’accorder un rendez-vous. Il n’est pas question pour lui d’effectuer des recherches de ce genre, mais m’autorise à les faire sous sa surveillance. »

PRESENTATION DES CONDITIONS DE RECHERCHES

« Une fois sur place, je comprends qu’il soit réticent. Les archives sont au deuxième étage du presbytère, on y accède par un escalier pentu. Quant à la photocopieuse, elle se trouve dans son bureau, au rez de chaussée. Mais ce n’est pas la seule raison. Tout au long de ce parcours, les murs sont recouverts d’objets d’art religieux de grandes valeurs avec des annotations explicatives. L’ensemble constitue un vrai musée, avec des habits de cérémonies dans des vitrines éclairées, des tableaux ainsi que de nombreux objets en or et en argent. Il est évident dans ces conditions qu’il est nécessaire d’être vigilant, et ce brave curé devient un vrai “ gardien du temple ”.

Cet autre curé, qui veut bien m’aider, mais par manque de temps et d’assistant, me donne rendez-vous un samedi matin durant un mariage, lui aussi en m’enfermant dans sa salle d’archives. Je n’ai pour les recherches que très peu de temps.

Comme on le sait, les mariages sont célébrés généralement dans l’église d’origine de la future. Ainsi il m’est arrivé dans un même village de devoir rendre visite successivement à deux églises de deux quartiers différents. Chaque trouvaille m’amenant à prendre rendez-vous avec le curé voisin. Cela s’est répété quatre fois, et quand on sait la difficulté d’obtenir un rendez-vous, je vous laisse imaginer l’exaspération des curés devant ces sollicitations successives.

A Saint Marin, je fais quelques recherches dans les archives du Musée de l’émigrant. Après consultation de leurs archives principales, je demande s’il n’ont rien d’autre de disponible, à caractère nominatif, qui pourrait aider dans la généalogie. La directrice m’annonce qu’elle avait donné un CD contenant la numérisation des baptêmes de la cathédrale au directeur des archives départementales, quelques années auparavant. Cette information me surprend car aux AD, rien de tel n’apparaissait dans l’inventaire. Je retourne donc aux Archives Départementales et fais part de cette information à la nouvelle directrice. Elle part dans son bureau, et j’entends dans les pièces voisines une effervescence et quelques interrogations entre employés. J’entends la Directrice qui téléphone au bureau de l’association en question… Puis une autre employée vient vers moi et me dit se souvenir maintenant du dépôt de ce CD, mais qu’ils doivent chercher dans les affaires de l’ex Directeur… Quelques minutes plus tard la Directrice vient avec le CD en main, nous le consultons ensemble car il n’est pas encore inventorié et ne veut pas le laisser en consultation « libre » dans l’immédiat. Je relate les faits à mon client :

« En parallèle à mes recherches j’ai insisté auprès de l’archiviste pour avoir la possibilité de consulter les archives du musée sur leur lecteur… J’ai tellement “bousculé” leurs habitudes, que la responsable s’est souvenu que son prédécesseur, aujourd’hui à la retraite, avait obtenu un CD avec les copies des actes contenus dans les fameux microfilms (illisible aujourd’hui car la seule machine est hors service) … Elle le charge sur les ordinateurs de la salle de lecture et ils sont donc aujourd’hui disponibles à la consultation libre. Toute l’équipe était heureuse d’avoir une nouvelle source de renseignements. Il s’agit des baptêmes de la Basilique de 1572 à 1870.

Dans le titre de ce CD, il est fait mention aussi de mariages de 1709 à 1870, mais je n’en ai pas vu.

Malheureusement le travail de photographie a été fait d’une façon bizarre. Les photos concernent une série de pages de droites du registre, puis une série de pages du côté gauche du registre et ainsi de suite. La consultation s’en trouve compliquée et longue. Les photos sont de mauvaise qualité. »

La généalogie nous confronte sans cesse à des nouveautés. Cette activité pourtant tournée vers le passé, bizarrement, nous apprend bien des choses sur le présent. Ces situations différentes confortent aussi l’expérience et aident à contourner les difficultés. Puissent-elles vous encourager à persévérer dans vos recherches !!

Christian SERPERO
Généalogiste familial
www.genealogiste-italien.com

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